Ile-de-France
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L'édition actuelle
Ivresses... Musiques entre Ciel et Terre
C’est à d’exquises ivresses que nous convie le menu de cette nouvelle édition, de celles qui naissent des banquets et des nectars, des saveurs et des parfums, de l’ascèse et de l’extase. Aux nourritures célestes et séculières répondent en effet des chants et des mélodies, révélateurs d’une même intimité, vibrant au son d’une convivialité partagée.
Dans l’ivresse des arômes, bouquets et fumets, les notes et les mets s’allient aux plaisirs de la table et les réjouissances gustatives s’accompagnent de festins musicaux pas toujours très sages. Au château de Villarceaux, nous savourerons la viande braisée argentine au son des guitares des gauchos ou du tango. Et si nous deviserons lors de banquets philosophiques, nous festoierons aussi à l’envi avec les Goliards au son du Carmina Burana dans sa version médiévale d’origine, avant de faire bombance à l’écoute des chansons à boire de la Renaissance. À d’autres tables, nous nous essaierons au Zajal, poésie musicale libanaise, ou nous revivrons le faste d’un banquet donné à la cour de Corée.
Nourritures et musique s’associent et s’épaulent lorsque l’une devient source d’inspiration de l’autre à l’image de ces curieux instruments sculptés dans les légumes et tubercules du Vienna Vegetable Orchestra. Elles s’alimentent et s’entretiennent, les découvertes de nouvelles saveurs inspirant des pages célèbres du répertoire. Les cafés font leur apparition, on y tient salon, on y argumente, on y compose, véritables lieux de création et de liberté, à l’instar de celui de Gottfried Zimmermann dans la Leipzig du XVIIIe siècle, ou des cabarets de la corniche d’Oran d’où naîtra le Raï urbain.
Dans les vallées fertiles de l’Ombrie, les cérémonies pastorales chantent et célèbrent la terre nourricière. Généreuse, elle est pour Le Jardinier d’Henri Cueco, riche d’enseignements, une terre adorée pour laquelle dans le Sacre du Printemps une vierge sera sacrifiée.
Sels de la terre, ces nourritures deviennent bientôt célestes, scellant une alliance indestructible. Elles reflètent nos passions dans une ivresse créatrice au gré des vers du poète Omar Khayyam. L’abandon devient mystique, l’aliment divin. La chère se sacralise. Le vin devient, dans la poésie soufie d’Ibn Arabî ou de Rumi, symbole de connaissance. À la fête de la Korité marquant la fin du Ramadan répondent la rigueur du jeûne du carême et les silencieux éloges des deux sœurs du Festin de Babette de Karen Blixen.
En musique comme en cuisine, la combinaison savante d’ingrédients révèle de savoureux trésors, semblables à cette salsa si chère à Willie Colón, qui clôturera cette édition riche, festive... et assurément gourmande.
Olivier Delsalle
Directeur du Festival d’Ile de France
